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Fragments d’Indonésie

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Nyepi à Bali

27 mars 2017 – Aéroport de Denpasar, Bali.

On vient de poser les pieds à Bali. Il fait déjà nuit. Notre hôtel se trouve seulement à quelques centaines de mètres de là. Mais sortir de l’aéroport à pieds c’est toute une histoire. Rien n’est prévu pour les piétons, comme souvent en Asie, alors on emprunte la route. On fait un peu tâche au milieu des taxis. L’hôtel n’est qu’à un petit kilomètre de là. La zone est peu touristique, alors au programme : courses, dîner et au lit.

Le lendemain, on rejoint Kuta, la ville la plus touristique de l’île. Plage, boutiques en tout genre, restaurants, bars, salons de massage, boîtes de nuit, tout y est pour nourrir le tourisme de masse. Ce n’est pas le meilleur endroit de l’île mais, étonnement, ce n’est pas non plus dénué de charme. Bali a su garder ses traditions hindouistes. Et quand on sort des rues principales, qu’on se faufile dans des ruelles étroites,  on est charmés. Malheureusement la zone n’est pas piétonne, et les scooters eux aussi s’y engouffrent. Ils roulent plutôt vite et certains s’amusent même à nous frôler.

Si Kuta ne vaut pas que l’on s’y attarde bien longtemps, l’événement qui arrive va redonner à l’île une sérénité sacrée.

On part se renseigner pour prendre un bus et se rendre sur l’île voisine de Lombok dès le lendemain. On ne comprend pas tout de suite pourquoi on nous dit que ce ne sera pas possible. « Demain tout sera fermé. Nyepi. » Ce mot sonne comme une énigme pour nous. « Demain c’est Nyepi. ». Nyepi ? On ne comprend pas.

Il s’avère que Nyepi désigne la fête hindouiste la plus importante de l’année. Demain, les rues seront désertes, les habitants et les touristes ne pourront pas quitter leurs maisons et hôtels, et l’île sera alors plus calme que jamais, comme endormie. La croyance veut qu’en s’enfermant chez soi, les mauvais esprits passent leur chemin. Mais avant le calme, le bruit. Ce soir ce sera un défilé de monstres de papiers en tout genre pour effrayer les démons. On ne pouvait pas mieux tomber comme entrée en matière.

Lombok et l’instant présent

Avril 2017 – Sur une plage au sud de Lombok.

Le jour s’en va, doucement. En cette fin de journée sur Lombok, on roule vers l’inconnu, aucun point précis. On cherche une plage pour profiter du coucher du soleil. On cherche un endroit vide de monde, un peu caché. A gauche, un chemin minuscule s’en va vers la mer. C’est celui-là qu’on décide de suivre. Le scooter a du mal à avancer dans les herbes folles et dans le sable.

Tu sais, cette sensation d’excitation à l’idée de découvrir un endroit inconnu, et de n’avoir aucune attente parce que tu ne sais même pas où tu vas, c’est ça qu’on ressent à cet instant. Et c’est une immense plage qui se découvre sous nos yeux, cernée de falaises. Il n’y a personne, on jubile. Quelques pêcheurs au loin et la plage presque rien que pour nous.

Bastien assemble quelques bouts de bois ramassés ici et là. Il commence à construire une figure géométrique.

Moi j’en profite pour marcher le long de la plage, tremper mes pieds dans l’eau, jouer avec le va et viens des vagues. Et là… il se passe un truc. Est-ce ce lieu, cette plage déserte, l’immensité devant, le silence de la nature, la lumière rouge orangée de cette fin d’après-midi ? Car là, à cet instant précis, je pourrais m’éparpiller en milles morceaux et ne faire plus qu’un avec tout ce qui m’entoure. Il y a des instants comme ça, suspendus. Suspendus dans le temps et l’espace. Des bouts de présent qu’on arrive à vivre pleinement. Lorsque ton esprit ne se projette plus, ni dans le passé, ni dans le futur, alors tout ton être et tout tes sens sont en alerte, ancrés dans l’ici et maintenant.

Je n’oublierai jamais ce moment.

La magie de l’ailleurs. Parce que loin du flot de la vie quotidienne, dans un environnement inconnu, tu deviens plus éveillé à tout ce qui t’entoure. Tu t’arrêtes sur les détails, tu apprends à regarder. C’est alors que l’instant présent s’impose. Et c’est un cadeau, de se sentir là, pleinement là. Vivant.

Lombok et ses galères

Cela fait plusieurs jours que nous avons posé nos backpacks à Lombok, et on s’apprête à vivre 24 heures chargées en émotions. Un concentré de « pas de chance ».

Nous roulons vers l’ouest de l’île. Depuis une heure peut-être. D’abord la quatre voies, monotone, ennuyeuse. Puis les routes plus étroites, les villages et les mosquées un peu partout. Un virage, puis un autre. Et là, c’est la chute… Notre première en scooter. Pas grand chose, mais de quoi se faire un peu peur quand même. Nous reprenons la route, un peu fébriles. Après deux heures de route, on  arrive presque à destination. Mais ça se mérite… nous arrivons sur un chemin qui compte plus de nids de poule que de cailloux. On mettra 20 minutes à faire 2 kilomètres. Pour finalement arriver à l’extrême pointe ouest de Lombok et ne rester que 10 minutes, car bon, y’avait pas grand-chose à voir finalement. Il faudra bien sûr refaire les 2 km dans l’autre sens…

Sur la route du retour, à cinq minutes de notre auberge, un scooter nous double une fois. Puis une deuxième fois. Je n’y prête pas plus attention que ça. Je regarde le GPS sur mon téléphone quand soudain, on me l’arrache des mains. Le scooter s’échappe aussi vite qu’il est arrivé. Je ne reverrai plus jamais mon téléphone, acheté il y a un mois au Vietnam. On terminera notre douce soirée au poste de police pour déposer plainte, malgré un gros doute sur l’efficacité des agents locaux.

Le lendemain matin, une autre surprise nous attend. Une petite bête, bien cachée dans la serviette de douche de Bastien, le pique. La douleur semble intense… Il jette la serviette sur le sol. J’ose à peine la toucher quand je vois soudainement un petit scorpion en sortir. Je l’écrase, sans même réfléchir. On se regarde, paniqués. On fait quoi ? Bastien sort de la chambre et appelle à l’aide. Le propriétaire nous rassure. A notre grand soulagement, le scorpion n’est pas dangereux dans cette région, juste l’équivalent d’une bonne piqûre de frelon, enfin pourvu qu’on ne soit pas allergique…

Y’a des jours comme ça… Où rien ne va… Mais qui laissent de belles anecdotes à raconter.

A Lombok on aura vécu les montagnes russes, entre émerveillement et petites frayeurs. Malgré les galères, on retiendra malgré tout les sublimes paysages côtiers de l’île, ses routes serpentées au milieu des champs, la concentration impressionnante de mosquées dans les villages, un restaurant délicieux tenu par un français, des plages paradisiaques où l’eau était plus bleu que bleu, et les instants suspendus.

Bromo, terre de feu

Avril 2017 – île de Java.

C’est la première fois que je vais monter derrière un local en scooter et je suis loin d’être rassurée. Mais c’est le seul moyen de rejoindre le fameux volcan Bromo. Impossible de louer un scooter par nos propres moyens ici. On a une heure de route devant nous environ. Je suis complètement crispée, je me cramponne comme si ma vie en dépendait. Nous frôlons les voitures, les camionnettes, nous doublons sans cesse. Conduite à l’asiatique. Il faut sortir de la ville et après ce sera mieux. Je me rassure comme je peux. C’est sans compter bien sûr sur l’averse, de type mousson, qui nous attend et les virages de montagnes. Mon « chauffeur » à l’air d’un poisson dans l’eau sur cette route serpentée qui se transforme petit à petit en rivière. Il ne décélère pas, pour quoi faire après tout ? Là, je me dis qu’on va finir par se casser la gueule, c’est pas possible autrement. Mais il n’en est rien. Nous arrivons saints et saufs à destination. Je pense avoir eu ma dose d’émotions fortes pour la journée.

Dans ce petit village de montagne où l’on vient de s’ârreter, les chants bouddhistes qui s’échappent donne une atmosphère mystique à l’instant. Pour atteindre le volcan Bromo encore caché, on emprunte un chemin dérobé, qui nous évite de payer le prix de l’entrée et la foule par la même occasion. On descend pendant une quinzaine de minutes et là c’est le choc ! On a changé de planète.

Terre de feu, terre de poussière. Paysage lunaire, jolie désolation. A l’horizon, le Bromo fumant trône fièrement. On ne croisera presque personne. L’après-midi est déjà bien avancé et le temps n’est pas au beau fixe, même si la pluie s’est arrêtée. Notre temps est compté, il nous reste 1h30 avant que la nuit ne tombe, 45 minutes pour atteindre le volcan, de même pour retrouver nos chauffeurs, c’est tout juste. La terre est noire, et plus on approche, plus on commence à deviner le grondement du monstre de feu. C’est jubilatoire ! La terre est en colère, elle hurle. On arrive au pied du Bromo, il ne nous reste alors plus qu’à grimper « quelques »marches et on y sera, au bord du cratère…

Et là, le spectacle est au rendez-vous. Avant ça, je n’avais jamais rêvé de voir un volcan actif, et pourtant, je suis scotchée. Le feu sort des entrailles de la terre, c’est juste là, sous nos yeux. Le grondement est puissant. Un épais nuage s’élève au dessus de nos têtes. On est tout petits. Admiratifs. Impressionnés. Émus devant la puissance de la nature. Il est 17h30 et il n’y a que nous deux, ce paysage de fou et la nuit qui s’invite à l’instant.

La nuit justement… On s’est un peu attardé, et elle tombe déjà. Il faut faire demi-tour. On a bien une lampe torche, mais pendant un instant, on ne trouve plus le chemin du retour, tout semble pareil ici. Heureusement une lumière nous indique qu’on est dans la bonne direction.

Sur la route du retour, je suis plus détendue qu’à l’aller… Enfin jusqu’à ce qu’on retrouve la ville et sa circulation dense. Et c’est reparti, on frôle les camions, on double à tout va. Je décide de faire confiance à mon chauffeur.

Le volcan Bromo aura été la dernière étape de notre voyage en Asie du Sud Est, et quelle étape ! C’était dingue ! C’était magique ! Et c’est un peu émus que le train nous emmène vers Jakarta où nous prendrons l’avion pour ouvrir un nouveau chapitre de l’aventure sur les terres Maoris.

Fragments de Bali

Après notre furtive première étape à Bali, on est retournés sur l’île hindouiste. Deux fois. Pour retrouver nos copains de France d’abord, la bulle d’oxygène qu’il nous fallait à cette étape de l’aventure, et puis une seconde fois, après la Nouvelle Zélande, pour retrouver à nouveau une super amie et vivre un bout d’aventure ensemble à l’autre bout du monde.

Et Bali mérite le détour. Cette île a beaucoup, beaucoup de charme. On se souviendra de ses plages noires à Amed, ce petit village au pied du volcan Agung, de ses falaises qui se jettent dans la mer au sud, de sa charmante ville d’Ubud au centre et ses traditions conservées, et puis de ses rizières, ses singes, ses temples et ses rituels, ses cascades et sa végétation luxuriante…